L’hélicoïdal inversé, un recueil de poèmes de Paul Laurendeau
Publié : janvier 10, 2013 Classé dans : ELP éditeur, Evénement | Tags: L'hélicoïdal inversé, Paul Laurendeau, Poésie Poster un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, annonce la sortie de son trentième ouvrage : L’hélicoïdal inversé, de Paul Laurendeau.
Montréal, l’art brut, Claude Gauvreau, les Automatistes, Riopelle et Le Malheureux magnifique. Paris, les cadavres exquis, Marcel Duchamp, les Dadaïstes, Prévert et Les Vacances de Hegel. Aussi, un tout petit peu, Andy Warhol, Jackson Pollock et Allen Ginsberg. Tel est le vrac d’influences dont se réclame Paul Laurendeau dans ce florilège de petits chants de joie. Mais la muse sublime, le flux d’inspiration direct de ce recueil de poésie vive, ce sont les petits objets, les collages, la gouache, les crayons feutre, les mannequins, les hiboux de terre cuite, les bancs de parc empiriques, les sculptures de rue, les masques en papier mâché, les petites poupées de papier ou de toutes autres matières, les choses qui traînent sur nos étagères, devant les livres qu’on entend toujours relire un de ces jours.
Le ver est coupant, irrégulier, parfois langoureux, rarement symboliste, le plus souvent joyeux, ironique, narquois et chantant. L’ouvrage est écrit à 90% en français, à 10% en joual… Plus descriptif que narratif, plus pictural que musical, à mi-chemin entre un manifeste sur l’Art et un parti pris des choses néo-figuratif, ce recueil place l’objectif dans l’angle désaxé que dicte la poésie concrète. Dans l’Hélicoïdal Inversé, Paul Laurendeau nous sert cent cinquante petits moments autonomes et savoureux, comme le seraient cent cinquante petits objets familiers que l’on tirerait d’un grand coffre vieux de cent ans tout juste, pas une seule minute de plus.
Poésie d’outre-ville avait inauguré l’aventure éditoriale d’ÉLP en 2009. Avec L’hélicoïdal inversé, Paul Laurendeau ajoute une pierre immense à l’édification de son œuvre poétique. À lire sans ménagement…
Professeur de linguistique au département d’Études françaises de l’Université York de Toronto pendant vingt et un ans, Paul Laurendeau, né en 1958, vit aujourd’hui dans la région de Montréal où il se consacre à l’écriture et à l’édition.
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Amigolo, chaman des abeilles, le récit guyanais de Nicolas Hibon
Publié : décembre 12, 2012 Classé dans : ELP éditeur, Evénement | Tags: Amigolo chaman des abeilles, Nicolas Hibon Poster un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, annonce la sortie de son vingtième-neuvième ouvrage : Amigolo, chaman des abeilles, de Nicolas Hibon.
Les derniers aborigènes de la jungle de Guyane française perpétuent, bon an mal an, leur mode de vie ancestral. Ils le font le plus sereinement qu’ils peuvent, dans les circonstances contemporaines, et ce, en dépit des orpailleurs (chercheurs d’or clandestins) brésiliens brutaux et insensibles qui gorgent les rivières de rejets de mercure, et en dépit des hélicos de la Gendarmerie guyanaise qui survolent les pirogues pour prétendument inspecter l’état de santé de ceux qui cherchent à les faire nager sur le torrent nouveau des rivières anciennes. Le jeune Amigolo est le petit-fils de la vieille chamane des abeilles de son village. Celle-ci connaît le fin et subtil secret curatif des miels et sait sinueusement contourner le dard des terribles ouvrières pour faire agir les reines et leurs essaims selon ses desseins. Amigolo vient tout juste, de par l’affront de douleurs cuisantes, d’accéder au statut de jeune guerrier. Il passerait bien le reste de sa douce vie à jouer avec les abeilles de sa grand-mère. Mais une quête inattendue l’attend, une quête terrible et mystérieuse qui mettra justement au défi, comme si de rien n’était, sa connaissance de la nature, mais surtout, par-dessus tout, son mystérieux ascendant savant sur les insectes de la jungle.
Après Quatre-vingts printemps (2011) et Le chasse-temps (2012), Nicolas Hibon offre aux lecteurs son roman le plus abouti. Un roman qui se lit comme un conte mais qui dérange comme un pamphlet. À mettre entre toutes les mains.
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Guyanais d’adoption, depuis 1987, Nicolas Hibon partage son quotidien avec sa compagne Javanaise et ses deux filles. Après avoir voyagé jeune, il a trouvé en Guyane un pays authentique où il a pu dérouler son hamac. Épicurien convaincu, il aime profiter de la vie, et l’humour est, à ses yeux, le seul remède sérieux à portée de tous. Les amis tiennent chez lui une place prépondérante où les repas bruyants et arrosés sont sa cure de jouvence. Peu attaché à ses origines métropolitaines, il a construit en Guyane ce qui lui a manqué là-bas, une famille soudée entourée d’amis proches. Catalogué dès le premier jour comme cancre à part entière, il a systématiquement écumé les derniers rangs des classes fréquentées. Il ne garde de ses souvenirs scolaires qu’ennuis et frustrations… mais cela ne l’a pas empêché d’écrire trois romans en deux ans, tous publiés chez ÉLP éditeur.
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Gouines coquines de ce monde, les poèmes hors normes de Corinne LeVayer
Publié : novembre 15, 2012 Classé dans : ELP éditeur, Evénement | Tags: Corinne LeVayer, Gouines coquines de ce monde Poster un commentaire »ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, annonce la sortie de son vingtième-huitième ouvrage : Gouines coquines de ce monde de Corinne LeVayer.
Voici cent cinquante poèmes érotiques lesbiens qui assument sereinement leurs prises de positions et l’ardeur sans ambivalence de leur explicite. Ce recueil de poésie s’inscrit dans une dynamique ouvertement libertine, homosexuelle, femme, tout en cultivant la touche féministe requise et, surtout, tout en parlant ouvertement d’amour, de béguins, de passion, d’intimité sexuelle et de séduction. Il s’agit aussi d’une singulière expérience de poésie narrative. Chacun de ces cent cinquante poèmes lesbiens peut se lire isolément, comme le permet toute expérience poétique élémentaire. Lire ces poèmes (très souvent des portraits de femmes, parfois des évocations descriptives passives ou contemplatives, parfois des micro-récits fluides et vifs, toujours surprenants) en les butinant dans le désordre est déjà en soi une jubilation fort intense. Mais le fait est que ces textes s’agencent aussi dans un ordre de déploiement construisant une combinaison agencée de miniatures et mettant en place, par touches, un récit plus large. Poésie érotique racontant par touches une histoire d’amour. À ne pas mettre entre toutes les mains.
Née en 1960 à Caraquet, dans la péninsule acadienne (Canada), d’une famille de vieilles souches française et jersiaise, Corinne LeVayer a passé son adolescence et le tout début de sa vie adulte dans la région de Montréal avant de partir faire carrière aux États-Unis. Pendant près de vingt-cinq ans, elle fut musicienne de boîte de nuit et directrice artistique de joints (bastringues) à Atlantic City, la grande ville portuaire de jeu du New-Jersey. Corinne LeVayer vit aujourd’hui avec son épouse et les parents de cette dernière dans un petit village à la frontière du Québec et de l’Acadie. Toujours musicienne (pianiste et contrebassiste) sur la scène locale, elle se consacre, depuis quelques années à la composition d’arrangements de jazz ainsi qu’à l’écriture de textes en prose, et en poésie. Basé sur la partie américaine de sa vie et de sa carrière, le recueil Gouines coquines de ce monde est son premier ouvrage publié.
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La fourmi égarée, des nouvelles de Frédérick Maurès
Publié : octobre 25, 2012 Classé dans : Edition, ELP éditeur | Tags: Frédérick Maurès, La fourmi égarée, Nouvelles Poster un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, annonce la sortie de son 27e ouvrage : La fourmi égarée de Frédérick Maurès.
L’existence nous offre mille chemins qui sont autant d’alternatives dans l’arbre des possibles de nos vies. Mais peut-on véritablement échapper à sa destinée, contrarier « ce qui est écrit » ? Même si nous restons libres de nos choix, avons-nous, au final, une totale emprise sur le hasard ou sur ce qui est prédéterminé ? Ne sommes-nous pas également conditionnés par notre propre histoire, par notre éducation ? Et dès lors toutes nos actions sont-elles vaines ? Ne suffit-il pas de se laisser porter par les événements plutôt que de gâcher notre énergie à vouloir en contrarier le cours ? Mais, a contrario, si notre sort semble scellé, ne subsiste-t-il pas malgré tout une part de secret espoir à laquelle se raccrocher ? À travers dix nouvelles mettant en scène des personnages confrontés aux caprices du destin, La fourmi égarée nous entraîne dans le tourbillon des vicissitudes de la vie en réunissant quelques-uns des ingrédients qui en constituent l’essence même : émotion, intensité dramatique et dérision.
Paul Laurendeau : « Dans son recueil, Frédérick Maurès nous laisse l’illusion de contrôle sur nos petites vies qui dérivent et se déploient pas mal plus dans l’étrange qu’on ne le croit. Pas d’illusion de contrôle sur la plume, par contre. L’écriture est ciselée, jouissive, magnifiquement visualisable, sans sobriété excessive. On sait très bien s’exalter du verbe et de l’exposition dans le micro univers de Frédérick Maurès. La fourmi est petite. Cela ne la rend pas moins complexe et articulée. On n’a même pas besoin de loupe pour s’en aviser. Cet ouvrage ouvragé se lit en un éclair mais reste avec nous un bon moment. N’est-ce pas là le lot de toutes les miniatures, quand elles existent, un petit peu obsessivement, pour avoir été gravées à l’eau forte ? »
Frédérick Maurès
Frédérick Maurès est né à Bordeaux (France) en 1961. Il y a vécu jusqu’à l’âge de 20 ans avant de poursuivre des études commerciales à Paris. Au sein de l’ESCP Europe, il fera partie du jury du Prix littéraire Hermès-ESCP entre 1982 et 1985. Marié, deux enfants, il a exercé différentes fonctions, principalement dans le secteur de la formation initiale et de la formation continue pour adultes en tant que directeur général de structures œuvrant dans cet environnement. Aujourd’hui, il a la responsabilité d’une société de services à Paris. Passionné par l’écriture, il y consacre la majorité de son temps libre.
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Entretien avec Sinclair Dumontais (2005)
Publié : octobre 8, 2012 Classé dans : ELP éditeur, Entretiens | Tags: Condamné à mots, L'empêcheur, Le parachute de Socrate, Sinclair Dumontais Poster un commentaire »À l’occasion de la parution de Condamné à mots, nous avons pris la décision de diffuser l’entretien que Sinclair Dumontais a accordé à Daniel Ducharme, en octobre 2005, qui a paru dans le Webzine Écouter Lire Penser. Ceux qui ont lu Condamné à mots pourront faire le lien avec certains propos sur la création littéraire contenus dans cet entretien avec le roman paru en octobre 2012 chez ÉLP éditeur.
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Ducharme: Monsieur Dumontais, vous êtes né en 1958 dans la banlieue est de Montréal. Après des études en philosophie et en littérature à l’Université de Montréal, vous devenez concepteur-rédacteur en publicité avant de vous mettre à votre compte. Et voilà que, une fois vos quarante ans bien sonnés, vous lancez le site Dialogus, un site qui nous permet de correspondre avec des personnalités disparues. Le site fonctionne bien. Il est cité en exemple dans de nombreuses écoles de la Francophonie, et le journal Le Monde y consacre un article élogieux. Le succès du site a même poussé un éditeur à publier une collection Dialogus. Cinq titres ont été publiés jusqu’à maintenant. Alors dites-moi ce qui vous a pris de publier coup sur coup deux romans en 2004: L’empêcheur chez Stanké et Le parachute de Socrate chez Hurtubise HMH. Ce dernier vient d’ailleurs de paraître en anglais (The Parachute) chez Key Porter Books à Toronto.
Dumontais: Ce qui m’a pris, comme vous dites, c’est que j’ai décidé de faire ce que j’avais envie de faire depuis très longtemps : écrire pour moi-même. Il faut comprendre que le boulot de concepteur-rédacteur, en publicité, ça consiste en grande partie à écrire pour les autres. On vous donne un véhicule, qui peut être un dépliant, une brochure, une annonce-journal, un message-radio. On vous donne un produit ou un service, puis une argumentation. De là, il vous reste à trouver le ton, le style, et puis les mots. Le moins de mots possible, d’ailleurs, car les gens ne sont pas payés pour lire les annonces. Peu de mots mais des mots qui vendent. C’est ça, la pub. Vingt-cinq ans à écrire pour les autres, ça donne forcément des envies de liberté. Mais ce n’est pas très facile de s’y mettre car un briqueleur qui pose des briques toute la journée n’a pas forcément envie de briqueler sa propre maison la fin de semaine. Le courage et la discipline ne sont pas faciles à trouver. Puis un jour c’est cette envie de liberté qui l’emporte et on fonce. Goulûment, comme vous voyez…
Ducharme: Le courage, je veux bien… mais la discipline! Quelle est la vôtre, justement? Vous avez votre travail, votre famille et, bien entendu, Dialogus. Alors où trouvez-vous le temps d’écrire « pour vous-même »? Le matin avant le petit-déjeuner?
Dumontais: Vous versez dans le sensationnel, mon cher Ducharme. Que voulez-vous comme réponse? Que j’écris dans le bain? La nuit, à la chandelle? Dans un bar peu recommandable? Le temps, voyez-vous, il y en a de deux sortes. Il y a celui qu’on cherche, et celui qu’on trouve. Voyez les enfants! Ils ne trouvent jamais le temps de se laver, de se brosser les dents, de dormir… Mais le temps de jouer, celui-là, ils sont même capables d’en inventer! Nous sommes tous des enfants. Ce qu’on n’aime pas faire, ce qui est une corvée, non, on n’a pas le temps. On ne trouve pas. Pour ce qui nous passionne, par contre, le voilà qui se pointe et même qui dure. La discipline, c’est de s’y mettre. De céder à la tentation tellement humaine de la farniente. Une fois devant la feuille, ou devant l’écran, le temps trouvé devient un temps retrouvé. Aussi confortable que nos vieilles pantoufles, celles dont on ne veut jamais se débarrasser. Pour écrire, il faut sublimer la paresse…
Ducharme: Tout à fait d’accord avec votre analyse du temps. Proust, avec qui vous devez sans doute correspondre via Dialogus, ne doit certes pas se retourner dans sa tombe. Cela dit, vous nommez la discipline sans en parler, ce qui m’oblige, contrairement à mon habitude, à me montrer plus direct. Monsieur Dumontais, quelle est votre discipline d’écriture?
Dumontais: Ma discipline? J’ai presque envie de vous dire que je n’en ai pas. Quand on écrit un livre, il nous habite tant et aussi longtemps qu’on ne décide pas que ça suffit, qu’il est terminé. De là, se rendre à la dernière ligne est moins une question de discipline que de disposition. Il y a des jours où ça ne donne absolument rien de prendre la plume : elle n’écrira rien de bon. Ce sera laborieux et tout sera à recommencer. D’autres jours, c’est le contraire. Il n’y a plus moyen de l’arrêter. Alors on en profite. On noircit le papier.
Ducharme: Bon… si je vous comprends bien, vous n’êtes pas du genre à vous imposer une discipline quotidienne de travail comme, par exemple, de vous lever chaque jour à l’aube pour écrire une heure ou deux avant le petit-déjeuner. Chez vous, la discipline rime avec la passion, en l’absence de laquelle vous ne pourriez écrire quoi que ce soit. Vraisemblablement, l’inspiration est un mot qui a du sens pour vous, n’est-ce pas?
Dumontais: Si on n’écrit pas avec passion, il n’y a aucune chance que le lecteur nous lise avec passion. Alors à quoi bon écrire… Quant à l’inspiration, c’est assurément la bougie d’allumage. Mais ne croyez pas que ce soit un don ou un talent naturel, l’inspiration. Être inspiré, c’est trouver. Et pour trouver, il faut chercher. Voilà. C’est un travail. Ceux qui écrivent chaque jour à l’aube n’ont pas donné rendez-vous à l’inspiration avant le petit-déjeuner. Ils ont déterminé un moment de la journée pour travailler. Tant mieux s’ils y arrivent : moi je n’y arrive pas. Un matin j’écrirais dix pages, un autre j’en écrirais une de peine et de misère, pour la déchirer le lendemain. Mais dites-moi, monsieur Ducharme, quelle est votre propre discipline de travail? Car vous écrivez aussi, il me semble. Écrivez-vous le matin ou le soir? Et vos oeufs, vous les aimez comment? Bien poivrés? Et vos crayons? Encre, feutre ou plomb? Car ça vous préoccupe, il me semble…
Ducharme: Si, un jour, j’arrive à faire d’écouter lire penser un site aussi prestigieux que Dialogus et, tout comme vous, à publier deux romans et cinq essais, alors je vous accorderai volontiers une entrevue. Pour le moment, n’inversons pas les rôles, voulez-vous… En effet, je suis préoccupé par les méthodes de travail des écrivains comme vous qui ont le souffle nécessaire pour élaborer une œuvre. Et je suis convaincu qu’il en est de même pour la majorité des lecteurs d’écouter lire penser. Ainsi je reviendrais, si vous le permettez, non pas à la discipline qu’exige toute écriture (lieu et moment du travail littéraire), mais plutôt à l’inspiration première, au point de départ de l’œuvre, si j’ose dire. Prenons l’exemple de L’empêcheur, votre premier roman publié chez Stanké en 2004. Comment avez-vous élaboré ce roman? Êtes-vous parti d’une idée, un peu à la manière d’un concept publicitaire, pour mettre de la chair sur l’os, en vous laissant guider par l’inspiration ou, une fois l’idée trouvée, avez-vous plutôt rédigé un plan détaillé pour ensuite vous évertuer à « remplir les cases »? En d’autres termes – et beaucoup plus simplement –, comment avez-vous élaboré ce récit qui ne repose que sur une proposition et qui, pourtant, s’avère si riche en intrigues et en rebondissements de toutes sortes?
Dumontais: L’empêcheur, c’est un roman de jeunesse. D’ailleurs ça n’a rien à voir avec l’âge : un roman de jeunesse, c’est le premier roman qu’on écrit. Même si c’est à soixante-dix ans. Point à la ligne. Forcément, on y met tout ce qu’on traîne depuis notre naissance. Moi, on m’a fait traîner Dieu. Avant d’écrire quoi que ce soit d’autre, il fallait que je le catapulte. C’est ce que j’ai fait. Je me suis efforcé de le faire avec dignité, sans trop l’abîmer, et de façon à ce que le lecteur y prenne plaisir. Si je suis tout de même assez fier du résultat, c’est que j’ai mis beaucoup de travail à faire en sorte que la forme de ce roman ait une certaine originalité. Exemple : Bastien, qui est le narrateur, cite tous les autres personnages sauf lui. Quand il se cite, c’est de façon indirecte. Il est pourtant au centre de l’action. Autre exemple : la construction un peu policière de ce roman. Un critique l’a qualifié d’existentialiste. C’est juste. C’est d’ailleurs ce que j’ai souhaité. Mais en même temps, j’ai voulu que son rythme comporte quelques ingrédients propres aux romans policiers. Pourquoi? Parce que nous ne sommes plus dans les années soixante. Vous me demandez comment j’ai élaboré ce roman. Que vous répondre… Non, je ne remplis pas des cases. Un roman c’est avant tout un ton, un son. C’est une odeur. Quand on réussit à l’identifier, à la cerner, à la sentir, tout le reste en découle de façon naturelle. Les cases, c’est pour les mathématiciens.
Ducharme: L’empêcheur est effectivement un roman fort bien réussi et, cela dit sans fausse flatterie, vous avez plus d’une raison d’en être fier. Le sujet en est certes ténu, mais vous le traitez avec un style narratif très original. Pour préparer cet entretien, j’ai lu quelques critiques qui circulent sur le web. Certaines positives, d’autres non. Une d’entre elles m’a d’ailleurs fait sourire : son auteur estime que vous vous évertuez à faire renaître le catholicisme! Cela m’amène à vous poser une question. Monsieur Dumontais, comment réagissez-vous aux critiques, notamment aux critiques négatives? Est-ce qu’elles vous atteignent facilement?
Dumontais: J’ai suffisamment d’objectivité pour savoir que les critiques sont subjectives et que ceux qui les lisent ont tendance à l’oublier. C’est là le drame, que cette critique soit positive ou négative, d’ailleurs… Suite à la publication de L’empêcheur, je me suis rendu compte combien il est difficile pour un auteur de savoir si son ouvrage plaît ou ne plaît pas. Peut-il se fier aux critiques? Assurément pas. Peut-il se fier à ses parents et amis? Moins encore! Ils sont beaucoup trop gentils pour être sincères. Doit-on alors se fier à la quantité d’exemplaires vendus? Je n’en suis pas certain. Mon deuxième roman, Le Parachute de Socrate, s’est mieux vendu. Est-il meilleur pour cela? J’ai de sérieux doutes à ce sujet. Les ventes sont tellement influencées par la mise en marché… et par la critique! Vous me demandez si les critiques négatives m’atteignent. Oui, elles m’atteignent, car on voudrait toujours que son ouvrage soit apprécié. Ce qui m’affecte surtout, c’est de ne pas pouvoir y répondre. Un critique a dit de L’empêcheur qu’il contenait trop d’idées. J’aurais aimé lui dire, ainsi qu’à ses lecteurs, que j’étais ravi de mettre un peu de contenu sur les tablettes des librairies. Il se publie tellement de choses vides… Ce qui m’affecte ensuite, c’est de savoir toute l’influence qu’ils ont sur les lecteurs. Quand un critique écrit que tel livre est bon et tel autre est mauvais, lequel choisirez-vous de lire? Vous connaissez la triste réponse, monsieur Ducharme. Faut-il bâillonner la critique? Dans l’une de ses chansons, Charlebois disait que les critiques sont «des ratés sympathiques». Mettre tous les critiques dans la même casserole n’est pas très convenable. Je rêve toutefois d’une critique qui mijote plutôt que de rôtir. Une critique plus objective, qui révèle les qualités et les défauts d’un ouvrage plutôt que de trancher et de conclure, par la louange ou le sallissage. Ce serait assurément plus objectif, plus constructif, et je dirai même plus respectueux à la fois des auteurs et des lecteurs.
Ducharme: Dans la vie, ceux qui font quelque chose sont toujours la proie de ceux qui ne font rien, et je regrette un peu d’avoir abordé la question délicate de la critique avec vous. La critique littéraire est – et sera encore pendant longtemps – un sujet épineux, un sujet qui suscite du malaise tant chez les auteurs que chez les lecteurs. À cet effet, écouter lire penser souhaite aborder le travail littéraire sous un tout autre angle. Le fait que, dans notre rubrique lectures, nous consacrions une fiche critique à un roman écrit en 1926 par un auteur quasi inconnu aujourd’hui (Monique de Marcel Arland) en est un témoignage éloquent. Mais, si vous le voulez bien, revenons à vos romans, monsieur Dumontais. Dans L’empêcheur, Rémi Bastien est un personnage plutôt sympathique avec sa culture scientifique et sa passion pour la clarinette. D’autant plus sympathique qu’il en vient ni plus ni moins qu’à réinventer l’Homme, si j’ose dire, profitant ainsi de la mort du Christ. Mais voilà qu’avec Le parachute de Socrate, nous assistons à un revirement complet. Le narrateur, dès les premières lignes (il aurait souhaité rester « entre hommes »), se montre prétentieux, arrogant et antipathique. D’ailleurs, tout Le parachute n’est qu’un long discours tenu par cet homme devant une assemblée de décideurs du monde des affaires. Est-ce que ce « roman » – car s’il s’agit bien d’un roman, n’est-ce pas? – vous a été directement inspiré par votre travail de publicitaire?
Dumontais: C’est moins le travail du publicitaire que l’observation des mécanismes actuels de la consommation qui a inspiré ce roman. Car c’est un roman, oui. Avec un personnage, un style, un ton, un début et une fin. Si j’avais voulu faire un essai sur la question, j’aurais dû compléter ma préparation par la lecture de cent quatre-vingt ouvrages et mille trois cent cinquante articles de journaux et de revues sur le sujet. Vous savez comme moi que la crédibilité qu’on accorde aux idées avancées dans les essais repose en bonne part sur l’analyse que l’auteur fait des autres essais. Les essais s’appuient les uns sur les autres. Le publicitaire que je suis n’a pas lu grand-chose sur le sujet dont il traite dans son roman. Par contre, il est dans une position privilégiée pour observer et analyser la manière dont les grandes entreprises s’y prennent pour tantôt accroître, tantôt cimenter leurs acquis puisqu’il en est le serviteur.
Ducharme: On s’entend sur le fait que Le Parachute de Socrate est une critique en profondeur du consumérisme. En 1971, Alvin Toffler, dans Le choc du futur, décrivait la consommation de produits jetables, un peu comme votre héros. Toutefois, pour cet éminent futurologue américain, cette habitude de consommation était assimilée à un progrès, pas à une décadence, voire une catastrophe, comme dans le Parachute. Croyez-vous vraiment, monsieur Dumontais, que les êtres humains d’aujourd’hui, aux prises avec la maladie de la consommation outrancière, courent à leur perte? Qu’est-ce que n’aurait pas vu Alvin Toffler, il y a de cela trente-cinq ans, qui n’a pas échappé aujourd’hui à la perspicacité de votre héros?
Dumontais: Je ne suis pas un futurologue, monsieur Ducharme. Les futurologues se prononcent sur le futur. Forcément, ils peuvent se tromper. Dans Le Parachute de Socrate, je ne parle pas du futur mais du présent. C’est autrement plus facile! Cela dit, Alvin Toffler ne s’est pas plus trompé que Georges Orwell. De l’un à l’autre il n’y a qu’un pas, et c’est ce pas qu’ont franchi les entreprises. Elles se sont accaparées Big Brother en lieu et place des gouvernements. Nous en payons en ce moment le prix et ça se poursuivra jusqu’à ce que nous n’ayons plus rien ni dans nos poches, ni même dans notre tête. Si ce n’était pas déjà commencé, nous pourrions parler de futurologie. Dans l’état actuel des choses, il faut bien convenir qu’il s’agit plutôt de… présentologie.
Ducharme: Le Parachute de Socrate a le mérite de faire ressortir le fait, généralement passé sous silence dans les médias, que les gouvernements ne gouvernent plus grand-chose et que, devant la puissance de Microsoft, par exemple, plusieurs États ne pèsent pas bien lourd. Mais nous quittons les sentiers de la littérature pour nous engager sur ceux de… Enfin, passons à autre chose, voulez-vous? J’aimerais terminer cet entretien en vous demandant de me parler de cette collection Dialogus lancée l’année dernière par Hurtubise HMH. Cinq titres sont déjà publiés, ce qui portent à sept le nombre de vos publications en seulement deux ans. Voici donc ma question : est-ce que ces ouvrages sont tirés d’entretiens qu’on retrouve déjà sur le site Dialogus?
Dumontais: Vous avez raison : nous nous égarons. Le Parachute de Socrate est d’abord et avant tout un roman. Ne l’oublions pas. Quant aux ouvrages publiés chez Hurtubise HMH, il s’agit d’entretiens produits spécifiquement pour les fins de cette collection. Leurs co-auteurs sont les gens qui contribuent à notre site. Vous parlez de sept publications en deux ans. C’est vrai, mais dans le cas des cinq ouvrages de la collection Dialogus, il s’agit de collectifs.
Ducharme: Ne sous-estimez pas la portée sociale du roman, monsieur Dumontais. Si Le Parachute a été traduit en anglais à peine un an après sa sortie en libraire, c’est qu’il produit une certaine résonance. J’irai même jusqu’à dire qu’il dérange, qu’il crée un certain malaise chez le lecteur. Personnellement, quand j’en ai terminé la lecture, je me suis dit : «Non, le monde, ça ne peut être ça!» Roman ou pas, il fait son effet! Monsieur Dumontais, après L’empêcheur et Le Parachute de Socrate, peut-on savoir ce que vous nous préparez?
Dumontais: Je prépare un roman mais vous ne saurez rien à son sujet. Quant à la collection Dialogus, j’ai bon espoir que très bientôt nous commencions la rédaction de nouveaux entretiens.
Ducharme: Je me doutais bien aussi que vous ne diriez à ce sujet… mais j’ose espérer que vous nous accorderez un entretien dès que paraîtra votre troisième roman.
Dumontais: Avec plaisir.
Ducharme: En terminant, monsieur Dumontais, souhaitez-vous ajouter quelque chose pour le bénéfice des lecteurs d’écouter lire penser?
Dumontais: Je leur dirai que s’il importe d’écouter lire penser, il importe également de dire. Il faut se réjouir du fait qu’il existe aujourd’hui beaucoup d’instruments pour dire. Beaucoup plus qu’avant. Mais il faut aussi s’inquiéter d’une illusion qui consiste à croire que, grâce à l’émergence de ces instruments, on dit davantage. Car, voyez-vous, je n’en suis pas certain…
Ducharme: Monsieur Dumontais, au nom de toute l’équipe d’écouter lire penser, je vous remercie.
Octobre 2005
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Romans de Sinclair Dumontais:
- L’empêcheur, Stanké 2004.
- Le parachute de Socrate, Hurtubuse HMH 2004.
- The Parachute, Key Porter Books 2005.
- La Deuxième vie de Clara Onyx, Septentrion 2007
- Onze nouvelles, ÉLP éditeur, 2011
Essais (collection Dialogus) de Sinclair Dumontais et collaborateurs:
- Entretiens avec trois couronnes, Hurtubise HMH 2004.
- Entretiens avec trois hommes d’États contemporains, Hurtubise HMH 2004.
- Entretiens avec cinq écrivains, Hurtubise HMH 2004.
- Entretiens avec quatre philosophes, Hurtubise HMH 2005.
- Entretiens avec trois géants de la chanson française, Hurtubise HMH 2005.
Condamné à mots, un roman de Sinclair Dumontais
Publié : octobre 3, 2012 Classé dans : Evénement | Tags: Condamné à mots, Sinclair Dumontais Poster un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, annonce la sortie de son vingtième-sixième ouvrage : Condamné à mots de Sinclair Dumontais.
Écrire, peindre, sculpter ne sont pas des talents : ce sont des maladies. Il faut suivre un traitement intensif et épuisant pour espérer se défaire de ces virus qui se nourrissent de votre âme. Dans l’isolement, car ce sont des maladies honteuses. Dans l’appartement qui leur sert aussi d’atelier, Didier, Novembre et Clovis tentent péniblement d’en guérir sous la supervision d’un médecin dont les intérêts ne sont pas clairs…
Dans son dernier roman, Sinclair Dumontais nous livre une réflexion d’originalité tranquille sur les mystérieux ondoiements de la petite paroi intérieure qui sépare le gars et la fille ordinaires de l’artiste fou et immense qui sommeille en chacun de nous, du simple fait de sculpter, de peindre, d’écrire, ou même… de lire. Un roman unique, captivant, enlevant, éblouissant, incontournable.
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Né à Montréal en 1958, Sinclair Dumontais travaille dans le secteur du marketing et des communications. En marge de son cheminement professionnel, il a signé trois romans et cosigné cinq ouvrages inspirés du site Internet voué à la littérature et à l’histoire qu’il a cofondé en 1999 et dirigé pendant dix ans: Dialogus (www.dialogus2.org). En 2009, la Fondation lavalloise des lettres lui remettait son Prix de la prose pour la nouvelle intitulée La filature, nouvelle qui figure parmi les Onze nouvelles, la onzième étant une nouvelle érotique pour que l’éditeur fasse ses frais, publiées chez ÉLP éditeur en 2011.
Lien vers la fiche d’auteur de Sinclair Dumontais sur ÉLP éditeur
Lien vers la librairie Immatériel où on peut se procurer cet ouvrage au prix de 4,99 €, soit moins de 7 $
Alire: Entretien avec Jean Pettigrew
Publié : septembre 24, 2012 Classé dans : Edition numérique, Entretiens | Tags: Editions Alire, Jean Pettigrew Poster un commentaire »Cette conversation avec Jean Pettigrew, directeur général des éditions Alire, a été initié suite à l’envoi de la note de lecture de Daniel Ducharme sur le roman de Jacques Côté, Dans le quartier des agités, premier volet des Cahiers noirs de l’aliéniste dont la publication a débuté à l’automne 2011. Dans cette note, Daniel Ducharme, après avoir cité en exemple les éditions Alire en matière d’édition numérique, marque une réserve : « Malheureusement, malgré la déclaration de principe de son directeur général, les nouveautés sont vendues trop chers… comme c’est le cas d’ailleurs du Quartier des agités qu’on peut se procurer au coût de 13,99 euros, soit près de 20 dollars canadiens, alors que les autres titres de la collection se vendent entre 7 et 9 euros. » C’est la réaction de monsieur Pettigrew a cette remarque qui constitue le point de départ de cette conversation.
Pettigrew : Je vous remercie pour ces commentaires. Votre appréciation du roman de Jacques Côté nous fait chaud au cœur. Tout comme ce que vous dites à propos de notre implication quant au livre numérique. En ce qui a trait au prix du livre de Côté, vous n’êtes pas sans savoir que lorsque nous sortirons le format poche de ce titre, il passera alors à 40% de ce montant et sera donc à 8 ou 9,99$. En fait, je dois vous avouer que nous recevons beaucoup plus de courriels de gens qui se demandent pourquoi nous pratiquons des prix numériques plus bas que ce qu’ils voient d’habitude sur les marchés francophones (mais heureusement, il y a de plus en plus d’éditeurs qui s’alignent sur notre vision des choses). Pour certains, c’est comme si nous annoncions que nos titres sont de moindre valeur que ceux des autres éditeurs ! Ce qui est bien entendu un « non sense », mais bon, il est bien difficile de prévoir l’ensemble des perceptions du public…
Nous répondons à tous que nous tentons de suivre la voie médiane, à savoir que s’il sera bientôt impossible de survivre dans un environnement moitié papier moitié numérique avec les petits prix pratiqués actuellement en anglophonie (les éditeurs aux États-Unis voient venir à grands pas le "Mur", d’où l’actuel brasse camarade avec Amazon et cie), il est tout aussi impensable de croire que l’on pourra imposer des prix qui ne reflètent en rien la réalité de « l’immatérialité » du numérique. Aurons-nous raison au fil du temps ? Je ne suis pas en mesure de vous le dire. Une chose est certaine, c’est que si nous avons tort, c’est toute la diversité littéraire, mais surtout éditoriale (dans le sens de « directeur littéraire » et non de « publieur ») qui en subira les conséquences. Car, pour emprunter une analogie aux sports professionnels, il me semble impensable de croire que l’on peut devenir un athlète de haut niveau sans le moindre entraîneur.
Ducharme : À mon avis, c’est justement parce que les éditeurs québécois pratiquent des prix élevés que le livre numérique ne décolle pas au Québec. Certains éditeurs vont même jusqu’à vendre leur maquette PDF à gros pris (et avec des DRM en plus), croyant faire du numérique. Personne n’achètera 25 dollars un fichier numérique verrouillé non adapté aux liseuses.
Pettigrew : Hélas, je suis obligé de dire que des versions numériques à 25$ et plus se vendent sans arrêt sur les plateformes. Il suffit de voir les palmarès de archambault.ca. Certes, ce ne sont pas des quantités faramineuses et l’avancée du marché numérique est lent en raison de ces aberrations. Mais il faut aussi mentionner les aberrations de certaines plateformes de ventes. Il n’est pas vrai que nous verserons 39% à ePagine, voire 40% à Renaud-Bray. Si le prix des livres papier et numérique sont parfois si chers, c’est aussi parce que certains intermédiaires sont nettement trop gourmands (et j’inclus là-dedans les gouvernements qui taxent à outrance la culture, notamment en Europe).
Ducharme : Vous avez raison: il faut distinguer l’édition de la publication. Je sais que les éditeurs papier ont peur du numérique. Ils s’imaginent qu’ils seront demain envahis par des milliers de livres auto-publiés. Mais je crois que les lecteurs feront la différence. Un bon livre, ça reste un bon livre, en numérique ou en papier.
Pettigrew : Exact. Cependant, je rappelle que l’envahissement a déjà eu lieu. Par exemple, juste en français, l’offre de lecture de science-fiction et de fantastique gratuite sur Internet dépasse de huit fois (chiffre que nous avons validé en 2008) l’offre papier !
Ducharme : Dorénavant, la section « lectures » du webzine écouter lire penser est exclusivement consacrée aux critiques d’œuvres littéraires publiés par des éditeurs numériques dont ÉLP éditeur, notre propre maison. De notre côté, nous poursuivons notre travail collectif en publiant douze titres par année. Sans subvention, bien entendu, puisqu’on ne reconnaît pas les éditeurs numériques. Nous nous n’en plaignons pas pour le moment. Après tout, nous sommes des « amateurs » puisque chacun de nous a une occupation pour gagner sa vie.
Pettigrew : Voilà qui est louable. Et nécessaire. Et s’il est vrai que, pour l’instant, l’édition strictement numérique n’est pas reconnue par les institutions gouvernementales, elle le sera tôt ou tard, car ce sera incontournable bientôt. À titre d’exemple, quand j’ai fondé les éditions Le Passeur en 1984, les gens du Conseil des Arts du Canada m’ont dit qu’il n’était pas question que le Conseil subventionne une maison qui se spécialise en science-fiction, car le Conseil n’aidait que celles faisant de la « littérature ». Douze ans plus tard, quand nous avons lancé Alire, nous avons été accueillis à bras ouvert par le même CAC ! Inutile de dire que les personnes de la décade précédente n’étaient plus en place
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Ducharme : Merci encore, et toutes mes félicitations pour la qualité de votre travail. J’ai vraiment été très impressionné par le Quartier des agités de Jacques Côté.
Pettigrew : C’est à moi de vous remercier encore une fois. Et surtout, continuez votre bon travail ; c’est en « éditant » qu’on devient « éditeur »!


