La libération explosive de l’âme, une première aventure de Max Peine signée Lordius
Publié : février 17, 2012 Filed under: ELP éditeur, Evénement | Tags: La libération explosive de l'âme, Lordius Laisser un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, annonce la sortie de son vingtième ouvrage : La libération explosive de l’âme, une première aventure de Max Peine signée Lordius.
De Lordius, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il est né en France en 1966, qu’il a exercé divers métiers et que, par un beau jour de vacances, il s’est mis à raconter des histoires improvisées à ses enfants. Comme elles les ont amusés, il a décidé d’en coucher quelques-unes par écrit… Et c’est ainsi qu’il est devenu romancier. Généreux de son temps, il tient un blog(ue) pour expliquer sa démarche: Le Journal de Lordius. Et depuis janvier 2012, il collabore au webzine Écouter Lire Penser, faisant profiter la planète entière de récits que des gens sensés auraient grand peine à imaginer…
Qu’on se le tienne pour dit, Max Peine n’est pas héros pour enfants. Il tire son origine de Max Payne, du nom du célèbre jeu vidéo développé en 2001 par la société finlandaise Remedy et commercialisé par Rockstars Games pour les consoles Xbox, Playstation2 et GameBoy Advance. Toutefois, contrairement au protagoniste de ce jeu vidéo, Max Peine n’est pas un flic, mais un ex-garde du corps dont la vie a dérapé après qu’il ait liquidé sa femme dans des circonstances obscures. Emprisonné dans un établissement carcéral, puis interné dans un hôpital psychiatrique, il s’échappe pour retrouver une liberté dont il a bien du mal à profiter.
Max Peine : Avant, j’avais une vie rangée. Jusqu’au matin où je me suis réveillé avec le cadavre de ma femme à mes côtés. Alors, mon cœur s’est fermé à la morale et à la compassion. J’avais cru malin de plaider la folie, pensant que qu’on se fait plus facilement la belle en hôpital psychiatrique qu’en taule. J’ai rapidement déchanté. Je devais à la fois retrouver la liberté physique, la santé mentale et la compassion. Mais trois objectifs, c’était trop ambitieux. On ne peut pas gagner sur tous les tableaux… J’ai dû mettre la morale de côté pour survivre, et trancher dans le vif. Trancher dans le vif… Tel un ressort compressé à mort par l’univers carcéral, ma tension et mon âme allaient se libérer… à mort.
Avec Max Peine se confirme l’énoncé selon lequel la liberté n’est rien sans la libération. Et quand elle explose, c’est encore mieux…
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Invisibles et tenaces: Entretien avec Allan E. Berger
Publié : février 3, 2012 Filed under: ELP éditeur, Entretiens | Tags: A.E. Berger, Invisibles et tenaces Laisser un commentaire »Laurendeau : Allan Erwan Berger votre recueil de textes traitant par le petit bout de la lorgnette de la condition humaine du prolétariat non tertiaire sous civilisation tertiarisée frappe tout d’abord par sa date de parution : 2012. Quelque chose me dit qu’il ne s’agit pas de commémorer le naufrage du Titanic (encore que). Sans qu’il soit possible de vous accuser de produire un texte de conjoncture (nous y reviendrons), il reste que l’obligatoire et inévitable polarisation politique en France dans la mouvance des présidentielles se raccorde directement à la démarche descriptive et critique de votre nouvel ouvrage. Ce lien organique entre ces deux événements, comment le décririez-vous ?
Berger : Je pense qu’il est licite, au contraire, d’affirmer que voici un texte typiquement de conjoncture ; désespérément marqué par elle, poissé, nourri de ses emmerdements. Et donc nous y reviendrons. Mais ce n’est pas un texte de circonstance ; je ne me greffe pas au défilé de la contestation pour essayer de gagner du fric dans le sillage des orateurs de gauche. Simplement, partout, l’évolution du monde engendre une multitude de réactions de résistance et d’indignation, et des prises de conscience sans nombre de l’incroyable injustice qui règne sur la planète entière, injustice qui se répand sans autre frein que la propre corruption de ses bénéficiaires. Parmi toutes ces réactions, il y a, petit glapissement, Invisibles et tenaces.
Alors : lien avec les présidentielles… Le hasard veut que celles-ci aient lieu cette année en France, au plus critique des crises, à cheval même sur le pivot dont nous avions redouté l’approche à propos de Cosmicomedia. C’est donc au moment où tout son passé bascule, où tous ses édifices s’effondrent, que le peuple français est appelé à choisir un nouveau timonier.
Jamais une élection présidentielle n’a été aussi particulière sous la cinquième République : les enjeux sont énormes ; le clivage total ; la souffrance continue de croître d’un côté, et le mépris de l’autre ; la colère va faire sauter bien des couvercles. Au milieu de ce grand dérangement, je me suis retrouvé, échappé de peu aux extinctions de masse dans l’industrie européenne, obligé de repartir à zéro comme des milliers de gens autour de moi : sans diplômes valables, sans compétences transposables, sans expériences véritablement monnayables, infographiste fragile et nu face à un monde soudain devenu silencieux – tous mes clients ayant explosé en vol, une fois leurs dernières molécules de carburant transformées en vitesse. Je suis donc allé chercher ma pitance dans le dernier endroit où mes deux bras, la seule chose qui me reste, avaient encore quelque intérêt : chez les plus désarmés des prolétaires, là où savoir se tenir debout est finalement la seule condition d’embauche. J’y ai été reçu sans chichis, comme un frère d’allure certes un peu curieuse, un gus fragile qui a bien fait rire, mais d’un bon rire amusé dépourvu de tout jugement.
Comme je ne sais pas me taire, j’ai raconté ce que j’ai vécu. L’Histoire, en virant de cap, a fait que je me suis retrouvé à vivre ce que vivent les plus faibles, qui sont aussi les plus courageux . Ainsi, puisque j’avais agi en conformité avec les exigences du moment, me laissant porter dans ses remous là où il y avait un peu de nourriture, mes paroles se sont trouvées être en conformité, inévitablement, avec celles des orateurs de ce monde invisible où l’on m’a si gentiment accueilli : j’en ai tiré les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes éclairs. Voici tout à fait un écrit de conjoncture.
Laurendeau : Très bien. L’ouvrage s’intitule donc Invisibles et tenaces et met en scène l’intellectuel (on pense tout de suite à l’intellectuel brechtien par exemple, vous assumez fort efficacement ce décalage observant d’ailleurs) qui travaille comme ouvrier d’une entreprise de nettoyage sur des sites en cours de rénovation ou en construction, et qui nous fait cheminer avec lui dans une série complémentaire de petits récits. Alors avant de passer à la dimension plus sociologique, sociale et humaine de l’ouvrage, restons encore un moment avec 2012. C’est que c’est ouvertement un de vos thèmes. Dans le tableau intitulé Les trois huit, vous jetez le pavé en faisant dire à votre personnage, que ses collègues de turbin surnomment « l’écrivain », ceci : « Alors, comme ça, dans le monde des ouvriers, il paraît qu’on vote Le Pen ? » La réponse qu’on vous expose vaut la peine qu’on s’y arrête quand même une minute.
Berger : Quand j’ai posé cette question, la réaction a fusé, très sèche : « Face à la peine on est tous dans la même peau. » Ce n’est pas moi qui me plaindrai de cette absence totale de discrimination : je connais un Tunisien qui m’a assez souvent sauvé la mise. Alors, évidemment, je ne prétends pas que tous les prolétaires pensent ainsi, car on nous ahurit régulièrement avec des histoires de trains et d’autocars de banlieue remplis de gens désespérés qui avouent plus ou moins ouvertement qu’ils voteront pour l’Extrême-Droite ; mais dans la catégorie des ouvriers de chantier et des nettoyeurs multi-fonctions, on m’a clairement fait comprendre que le racisme y était une inconvenance.
Laurendeau : Je trouve ces observations, sur les choix électoraux de ces travailleurs que vous côtoyez, vraiment fort utiles. Elles remettent certaines petites idées stéréotypées bien à leur place. Corollairement, on ne peut manquer de goûter avec plaisir les émulsions de vues politiques s’exprimant hors du quotidien laborieux de votre personnage narrateur, dans la tourmente par exemple… « Ah, il faut tourner ici. La pluie redouble de férocité, la visibilité est aussi nulle que la grammaire d’un ministre UMP… » ou en visitant de vieux amis gauchistes, au contact desquels qui osera nier que le sarkozysme est au progrès moral « ce que le choléra est à la digestion. » Mais laissons là la politique (toujours un peu politicienne) et venons-en aux riches observations sociétales que vous nous faites partager dans votre ouvrage. Notre civilisation rigidement tertiarisée voit le travailleur manuel comme un être mystérieux, inquiétant, déstabilisant, procédant de l’étrange. Dans vos tableaux, il y a la camaraderie directe et vraie de vos collègues, que vous avez mentionnée en ouverture et dont le tertiarisé, lui, ne sait fichtre rien. Il ne sait absolument rien non plus de ces travailleurs de sang, de nerfs et de muscles qui vont jeter à la casse leurs tables immenses, leurs chaises déglinguées, leurs classeurs et leurs ordis obsolètes, par voyages énormes (l’évocation que vous en faites est saisissante, tant dans ses dimensions descriptives que symboliques). Mais, en plus, il y a aussi autre chose, de très puissant. Ancien infographiste vous-même donc, écrivain, intellectuel, voici que vous traversez, pour utiliser votre image, la « paroi de verre » et soudain, comme des milliers d’entre nous au demeurant, vous vous trouvez à considérer le monde aseptisé et bureau(cra)tique avec le regard de celui qui n’y est plus. Vous découvrez l’incroyable froideur des (encore) tertiarisés à l’égard des travailleurs manuels. Vous nous dites alors : « Pour avoir vécu pendant des années de l’autre côté de la paroi de verre, je pense que cette froideur est principalement la résultante de deux émotions très puissantes qui sont le désarroi et la timidité. Car le mépris est plutôt rare… » Parlez nous un peu de ce regard bilatéral à travers la fameuse paroi. En vous lisant j’ai pensé aux castes de travail du Brave New World d’Huxley. C’est presque comme deux mondes parallèles.
Berger : Ces deux mondes sont ordinairement tenus à distance l’un de l’autre, et souvent s’activent en alternance. Quand le tertiaire travaille, l’autre est au large, dans des endroits où il ne gêne pas et où il a, de toute façon, fort à faire : chantiers, remise en états de locaux, assainissements et nettoyages divers dans des parties communes, enlèvement d’encombrants. Quand, au petit matin, le tertiaire s’éveille dans son lit, l’autre monde est occupé à lui nettoyer son poste de travail, ses rues, ses poubelles. On ne se croise pour ainsi dire pas, et quand ceci arrive, eh bien mon dieu c’est tout simple on n’a rien à se dire.
Car non seulement il y a un fossé culturel – les uns ne vivant qu’au milieu des ordinateurs et des paperasses, les autres ne sachant que parler chiffons, aspirateurs, nettoyages de façade et enlèvement d’ordures – mais aussi il y a un mur. J’ai cru remarquer qu’en effet, le travailleur bas-de-gamme dérange. Il doit générer, dans les cerveaux qui naviguent dans ses parages, plusieurs sentiments : chez les uns, ce sera un sentiment de culpabilité – « Bon sang, ce type nettoie mes urinoirs ! Je pisse dans son travail ! Je n’ai pas l’habitude d’avoir des serviteurs, comment me tenir devant lui ? » – c’était à peu près mon sentiment lorsqu’auparavant je croisais de ces quasi parias. Chez d’autres, c’est net, le sentiment qui prévaut est celui de la supériorité : « la merdasse qui passe l’aspirateur dans ma cantine ne mérite aucune politesse. » De toute manière, nous provoquons du malaise rien qu’en étant vus. Nous sommes un peu sales ?
Par conséquent, le regard que nous portons sur les autres, comme il nous renvoie à ce que nous sommes, n’est pas forcément très joyeux : du coup, il me semble que certains regardent peu, et aussi que d’autres se donnent des attitudes. Mais là, je suis mal placé pour en parler beaucoup car je n’ai jamais réussi à me sentir différent de qui que ce soit, et mon expérience au pays des balayettes est trop mince pour que j’ose en tirer une théorie.
Mais je sais une chose… Jadis j’ai été pompier ; naviguer en uniforme au milieu des civils n’est alors pas un problème : nous y sommes des héros. Tandis que dans les habits du balayeur, il n’y a rien de grandiose à espérer tirer du regard que les autres portent sur toi. Ceci oblige, chez les plus délicats, à se forger une petite indépendance de caractère pour pouvoir circuler sans honte. Chez les insensibles, les blasés, les costauds ou les anarques dans mon genre, les regards qui nous sont portés ne nous font ni chaud ni froid. On sait ce qu’on vaut.
Laurendeau : Et ceci me permet de revenir sur ce que je disais en ouverture. Votre témoignage n’est pas, absolument pas, exclusivement un texte de conjoncture. Sa portée générale (sociologique, sociétale) s’impose inéluctablement. Outre son extraordinaire truculence descriptive, on y trouve une vision très articulée du travail contemporain et du faix émotionnel qu’il impose à tous, à notre époque. Que je cite un seul exemple, montrant à la fois la force de votre style et de votre synthèse : Je repense à ma compagne, qui travaille en tant qu’agent administratif : elle œuvre dans l’urgence, avec vingt dossiers en cours, et d’autres encore plus cruciaux, encore plus pressés qui se rajoutent, perturbant tout, tandis que mille petites choses viennent s’intercaler. On passe cent fois du coq à l’âne, rien n’aboutit que par lassitude ou par miracle, et l’on n’a ni le temps ni l’occasion de se poser une seconde pour contempler le travail bien fait, terminé fini plié tout neuf ; de toutes façons il y aura des modifs. C’est un univers où l’on ne tient que par volonté ferme. Nulle satisfaction ne vous sera concédée. La crise de l’exploitation capitaliste (dont l’évocation que vous faites ne se réduit pas à vos manifestations de solidarité ouvrière mais les incorpore à une critique radicale de l’arnaque capitaliste contemporaine – votre intercalaire intitulé Histoire d’une entourloupe est très parlant sur la question), la crise du Capital donc, n’est-elle pas en train de s’amplifier d’une crise du Travail, notamment (mais, vous en témoignez aussi, non exclusivement) du travail tertiarisé ? Le degré d’écœurement lancinant, de dégoût structurel, de ras-le-bol pandémique, de détresse chronique face à la ci-devant vie de bureau atteint des sommets inégalés à notre époque. C’est un indice de faillite inouï ça, non ?
Berger : Inouï c’est beaucoup dire ; j’ai pour ma part l’impression d’avoir toujours vécu avec le gouffre béant dans l’avenir. Car après tout, ce n’est pas comme si nous n’avions jamais eu de Cassandres pour nous préparer aux démolitions auctuelles. Nous avons été très avertis, et depuis fort longtemps. Mais oui, cet indice-ci n’est aujourd’hui plus niable, il a tellement pris de force que le voici au premier plan ; la littérature de souffrance au boulot, qui est assez copieuse – les mauvaises langues en France, à droite évidemment, disent que c’est presque devenu un fond de commerce – témoigne de cette force ; ceci ne peut plus être négligé.
Il y a, se dessinant malgré les parois de verre, une communauté de malheurs qui rassemble toutes sortes de classes, ou plutôt de castes – après tout un chat est un chat, et Huxley a senti bien des choses – depuis le prolo de base jusqu’au cadre sup, en passant par les employés intermédiaires. Une machine sans âme broie tout le monde toujours plus bêtement, et malaxe nos existences. Nous sommes tous au fond du Purgatoire et nous le savons. Cependant, ne me demandez pas si les parois vont sauter. Je n’en sais rien, et puis on s’éloignerait du sujet de ce livre.
Tout au plus, pour bien approfondir une digression vers l’universel, vais-je ajouter ceci : 2012, le film de Roland Emmerich, en dépit de son cucutisme affirmé et tout à fait traditionnel, ne peut faire autrement que métaphoriser à fond les situations actuelles. Dans le film, le sol manque sous les pieds des gens, les édifices s’écroulent, un feu incontrôlable dévaste tout, les pauvres crèvent par milliards, quelques riches s’en sortent dans des Arches d’ultra luxe dont les soutes pourraient bien être infestées d’une petite douzaine de clandestins.
C’est fatal, si Emmerich voulait réussir son film, il lui fallait être réaliste. Le scénario devait donc être plausible : la mort pour les pauvres, la vie opulente pour quelques privilégiés de longue date… Donc, aujourd’hui, même le plus imbécile des benêts aura été prévenu sur écran géant et en son THX : quand ça va craquer, n’attendez pas qu’une loi vienne vous sauver. Sauf à la fabriquer vous-même, c’est-à-dire à prendre préventivement le pouvoir. Ainsi, la seule grosse question qui vaille à cette heure où le canot va basculer dans la cataracte est la suivante : « Lequel des deux monde va finir dans le gouffre : celui des puissants, ou le nôtre ? » Qui va s’emparer du parachute ?
Laurendeau : Pour le savoir il faut observer attentivement ce qui se joue dans le ventre de ces mondes. Sur ce point, vous faites votre part ici, Allan Erwan Berger, avec sagacité, générosité, candeur et une modestie toute naturelle qui sait parfaitement jusqu’où il faut ne pas trop se prendre au sérieux. Outre que votre plume, une fois de plus, ne vous a pas trahi, vous savez exactement où vous vous situez et les conséquences qui en découlent. Moi touriste plongé un petit instant dans une chaudière de labeur soutenu, sillonnée de fatigues au long cours et de dangers qui nécessitent, pour y échapper, de prêter grande attention à ce que l’on fait, sous peine d’accident sévère, j’affirme que j’ai côtoyé là-bas les piliers de notre monde. Cette solennité, ce sérieux légitime et grave sait, de fait, s’accompagner de moments très humoristiques, bouffons même, où on éclate d’un rire joyeux et sain en vous accompagnant, vous, le tunisien H. et votre chef-qui-trime-aussi-dur-que-les-autres (Le chef a des trous dans la bouche. Dès qu’il sourit, on voit qu’il est pauvre) dans le cours de ces aventures du quotidien étrange. On rit souvent donc. C’est-il qu’on trouve son bonheur partout ou que, l’un dans l’autre, il vaut mieux (aussi) en rire ?
Berger : La nécessité d’utiliser l’humour dans la présentation d’une chose grave s’impose d’elle-même. De toute manière, celui-ci révèle la présence d’une plaie, ou d’une cassure dans la logique. Voilà pourquoi on rit : parce que c’est complètement dingue, ou trop horrible, ou vraiment limite. C’est par exemple l’histoire de Paddy qui se pique la ruche au pub jusqu’à pas d’heure. Vient le moment où le patron lui dit que bon, ça suffit quoi, il faut rentrer. Docile, Paddy se lève, s’accroche au comptoir, titube vers la porte et s’écroule en chemin, sous les cris admiratifs des derniers poivrots encore présents. Et c’est comme ça jusque chez lui : dès qu’il veut se lever, il flageole, ondule comme une voile qu’on abat, et s’étale par terre, tant et si bien qu’il fera tout le trajet en rampant. Il rampera dans la rue, il se hissera jusqu’à la poignée de sa porte, il s’écroulera dans le couloir d’entrée de sa maison, il ahanera en se tractant sur les mains dans l’escalier, il passera dix minutes pleines à tenter de grimper jusqu’à son oreiller. Enfin, le but atteint de haute lutte, il sombrera dans l’inconscience.
Le lendemain matin, sa femme entre dans la chambre avec une tasse de café bien fumante.
« Ben dis donc tu devais en tenir une sévère hier soir ! Tiens, bois ça tant que c’est chaud… — Hmmm et comment tu sais ça, toi ? Merci. — Il y a Mike qui m’a appelée du pub. T’as encore oublié ta chaise roulante. »
Donc l’humour a toute sa place dans une histoire un peu difficile. Et puis aussi : c’est que la joie est une des choses les plus increvables dans le monde des êtres vivants, et qu’on en trouve, comme les mauvaises herbes, jusqu’au milieu des gravats et des ordures. Au fond d’une mine mal ventilée au dix-neuvième siècle, on savait rire d’une bonne blague, malgré les poumons bousillés et la paie miteuse qui partait entièrement dans le remboursement des dettes de première nécessité. Les esclaves aussi savent prendre leur bonheur quand il s’en présente un bout ; et plus il est rare, plus il est goûté. Pour autant, faut-il donc, comme en Amérique sudiste à la bonne époque, oser prétendre que puisqu’ils rigolent, c’est qu’ils sont heureux dans leurs fers ? H. tousse inexplicablement. Le chef s’épuise. Leur patron se ronge à trouver des clients, et à tâcher de les conserver en se pliant en quatre pour leur complaire ; lui aussi paye de sa personne. J’ai été puissamment soulagé de pouvoir quitter cet endroit épouvantable avant de me déchirer la ceinture abdominale, qui commençait à envoyer des signaux d’alerte de plus en plus virulents. Alors oui rire d’accord, mais en sachant pourquoi.
Et puis vient le moment où l’on ne rit plus. Vient le moment où l’on se tient droit. Car je les ai lâchés, mes bons amis. J’ai pu, moi ; tandis qu’eux sont toujours là-bas. Et ils ne sont pas les plus à plaindre, loin de là ! Eux ne comprendraient pas le regard d’effroi que je pose sur leur existence : ils vivent là-dedans depuis si longtemps ! Et puis il y a, autour, des milliers de vies bien pires, tout aussi invisibles ou mal considérées, et complètement toxiques celles-là. Les gens qui sont plongés dans ces situations n’ont aucun moyen de s’en extraire : c’est ça jusqu’à la fin, qui suit de peu la mise au rebut. Leur seul rempart : les syndicats. Leur seul espoir : que des lois adoucissent leurs vies.
Finissons. À la démocratie je vois deux piliers : la Justice et l’Enseignement. À l’économie je n’en vois qu’un seul, qui est une forêt de dos : les multitudes qui chaque jour se courbent et se redressent pour soutenir et nourrir le monde, ce monde alimenté dans lequel on évolue. Et l’on trouve des hyènes pour affirmer que ces gens coûtent trop cher ? Eux qui, du néant, produisent les premiers biens, la première valeur, le premier argent ? Sans eux nous nous entretuerions pour un lapin, nos villes désertées seraient des charniers, nous surveillerions nos poulaillers un arc à la main ! Si demain le monde libéral tombe dans le gouffre, alors juste après la chute des banques ce seront eux, les presque esclaves, qui devront s’arrêter. Nous crèverons immédiatement derrière. Alors ne les méprisons pas, car s’ils claquent, nous claquons. Ce sont des héros. Ils méritent un respect total. Et une augmentation. En 2012, votez pour que nos héros aient une augmentation.
Lien vers la fiche d’auteur d’Allan E. Berger sur ÉLP éditeur
Entretien réalisé par Paul Laurendeau
La nuit de tous les maux: entretien avec Anne Guélikos
Publié : janvier 26, 2012 Filed under: ELP éditeur, Entretiens | Tags: Anne Guélikos, La nuit de tous les maux Laisser un commentaire »Paul Laurendeau : Anne Guélikos votre intérêt littéraire – j’ose dire : votre intérêt littéraire exclusif, c’est le monde vaste et diversifié de la mythologie grecque. Vous y trouvez la force pulsionnelle et vitale qui vous entraîne à écrire des œuvres de fiction. Avant qu’on parle directement de votre ouvrage, je vous confie à un petit jeu d’atrium de mon enfance. Dis-moi quel est ton dieu ou ta déesse favori/favorite. Il fallait s’inscrire obligatoirement dans la mythologie grecque pour participer à ce jeu et les héros, champions, nymphes et demi-dieux étaient interdits. Il fallait que ce soit un dieu-dieu ou une déesse-déesse. Alors Anne Guélikos, dites-moi quel(le) est votre dieu ou déesse favori(te) de la mythologie grecque et dites-moi pourquoi ?
Anne Guélikos : C’est probablement la question la plus difficile que vous puissiez me poser. Par principe, la féministe en moi voudrait arrêter son choix sur une déesse, mais puisqu’elles ont, en grande partie, été cogitées, modelées et représentées pendant des siècles par des hommes, elles affichent toujours certaines caractéristiques, des parodies de défauts, qui me les rendent toutes plus ou moins antipathiques. Je trouve les dieux beaucoup plus attachants. Donc, mon dieu chouchou, c’est Hermès. Il est intelligent, brillant même, opportuniste, il a un grand sens de l’humour, il est débrouillard et il n’hésite pas à se salir les mains ou à enfreindre les lois si nécessaire, tout en conservant un grand sens de l’honneur. Il est profondément grec à mon avis.
Paul Laurendeau : Voilà, bien sûr. Et cela nous amène tout de suite au cœur de votre premier roman mythologique, publié chez ÉLP en 2012, intitulé La nuit de tous les maux. Le fait est qu’Hermès y apparaît et y fait effectivement preuve d’un naturel irrésistible. Parmi ses nombreuses activités, aux contours toujours précis et ciselés, on le retrouvera notamment déguisé en humain, flanqué de son patron faire-valoir Zeus. Je les vois en train de circuler dans le souk d’une grande ville antique. Sans rien trahir, dites nous donc un peu ce que votre chouchou et le dieu des dieux sont venus faire parmi nous, cette fameuse fois-là ?
Anne Guélikos : Il faut d’abord rappeler que, dans la mythologie grecque, les dieux et déesses participent activement à la vie des hommes. Dans l’Iliade, ils interviennent constamment et si à la fin d’un chant, ils prétendent ne pas vouloir troubler leur existence pour de simples mortels, ils replongent dans l’action dès le chant suivant. Ils sont, malgré eux, fascinés par la race humaine. L’époque mise en scène dans mon roman dépeint les débuts de ce commerce entre dieux et hommes, les prémisses de cette relation mi-douce, mi-amère qu’ils partageront. Donc, cette fameuse fois-là, ce sont des prières, concernant la cruauté d’un homme, qui attirent Hermès et Zeus, sous forme humaine, et les amènent à enquêter à la surface de la terre. Ils sont là afin de décider si les hommes sont réellement des impies et s’ils méritent de goûter à la ferme justice du dieu des dieux.
Paul Laurendeau : Ce délié, cette fraîcheur des interactions entre dieux, demi-dieux, champions, héros, nymphes et humains se manifeste avec un remarquable naturel dans votre ouvrage et, nous dites-vous, cela ne fait que reprendre, en toute déférence, la façon labile et fluide que les anciens avaient de parler de leurs interactions avec leurs dieux et héros. Nous reviendrons là-dessus dans une minute. Arrêtons-nous d’abord, si vous le voulez bien, sur, si je puis dire, la gigantesque fourchette de la période mythologique couverte dans votre ouvrage. Cela va donc de la grande condensation cosmologique initiale jusqu’à… précisez-nous donc ça, un petit peu, en faisant ressortir les principales étapes.
Anne Guélikos : Gaia, la Terre, émerge du Chaos sous l’influence d’Éros et d’Antéros. Naissent ensuite la Nuit et les Ténèbres et d’eux une multitude de divinités. Ces enfants sont les fameux Maux, ces êtres que libèrera Pandore, la première femme, et qui causeront un grand tort à la race humaine, plus fragile que les autres immortels. C’est la descendance de Gaia qui se fera maîtresse du monde. On aura tout d’abord, Ouranos, le Ciel. Puis son fils, Cronos, le Temps, le détrônera pour lui-même être supplanté par son fils Zeus. Celui-ci est, à ce jour, le roi incontesté, partageant le dominion avec ses deux frères, Poséidon et Hadès. À l’époque du règne de Cronos, les Maux ou Enfants de la Nuit ont été enfermés dans une jarre pour soustraire la vie sur terre à leurs influences jugées néfastes, donnant l’opportunité à des races plus faibles, comme les êtres humains, de voir le jour. L’existence de ces êtres insignifiants passe relativement inaperçue des dieux, jusqu’à ce que le géant Prométhée décide, par bonté, de les aider à s’élever de leur condition primitive et les place, sans le vouloir, directement dans la mire de Zeus. C’est en cherchant à les exterminer que celui-ci fomentera une astuce pour libérer les Maux de la jarre qui les contient.
Paul Laurendeau : Voilà. Attardons nous d’abord à la figure de Prométhée. Bon, c’est un géant, un géant physique. Les êtres humains qui, comme vous nous le signalez, ne sont pas encore mortels, lui arrivent au genoux à peu près (n’hésitez pas à me corriger si je distors les proportions, ici). Tout cela est très concret, très visualisé. Une des nombreuses forces de votre texte est justement cette relation quasi-épidermique que le géant Prométhée va établir avec la multitude humaine, malgré les imperfections de cette dernière, ses pulsions infantiles, ses limitations, son primitivisme. Sans qu’on la joue au façonnement direct d’une terre ou d’une boue, comme dans d’autres mythes, on sent bien que le généreux géant malaxe et triture l’Humanité à bras le corps, en fait, sans crainte de se salir, pour finir de la dégrossir, de l’affiner, de la polir (et sans se soucier de l’ombrage terrible que cela porte aux dieux). Tout ça est beaucoup plus complexe et subtil que la fabrication de statuettes individuelles à la vie insufflées ex post, surtout que, vous nous le faites bien sentir, les humains forment déjà un collectif retors, labile et complexe. Aussi, cette idée de la générosité un peu apitoyée de Prométhée envers les humains, c’est une maldonne en fait. Sa fascination, dans votre présentation, ressemble plus à celle de l’artiste pur (et indifférent aux conséquences sur sa propre vie) passionné pour le matériau formidable qu’il travaille.
Anne Guélikos : C’est exact, le terme fascination est effectivement plus juste. Il faut dire que mettre en scène des mythes signifie faire des choix. Je n’ai pas créé de précédents en imposant les miens. Dans de nombreuses versions de ce mythe, Prométhée se contente effectivement de fabriquer l’humanité à partir de statuettes d’argile. Cependant, le risque qu’il encourt en défiant Zeus au nom des hommes – et il connaît très bien la violence dont est capable Zeus pour l’avoir affronté dans le passé – révèle une pulsion beaucoup plus forte que celle engendrée par une étincelle de création aussi banale que la fabrication d’une poupée de terre cuite. Prométhée fait beaucoup mieux que créer les hommes, il provoque l’éclosion de leur potentiel intrinsèque. Il représente l’évolution pour l’être humain. Il doit nécessairement être impliqué physiquement, participer directement et guider les premiers gestes qui les extirpent de leur condition stagnante de grands singes debout. Et pareillement à l’évolution, Prométhée n’a aucune vision à long terme, il agit par impulsions selon ce qui lui semble idéal à l’instant présent, il enclenche des processus et laisse les talents naturels se dessiner d’eux-mêmes sans plus chercher à diriger son héritage, il hésite, il se trompe, gâche tout par moments et est la cause de beaucoup de souffrances, mais il est également prêt à se sacrifier pour permettre à l’humanité de poursuivre l’œuvre. Il est définitivement un artiste.
Paul Laurendeau : Il est absolument vrai que mettre en scène des mythes signifie faire des choix. Vous, vous faites ces choix de façon éclairée, en ce sens qu’on sent vraiment que, crevant le stéréotype rebattu des petites encyclopédies roses et bleues, vous nous ramenez au sens vif, palpitant et, malgré tout, polymorphe desdits mythes. L’impression qu’on en a, notamment avec votre traitement du conflit entre Prométhée et Épiméthée sur ce qu’il faut faire de l’humain, mais aussi avec un tas d’autres développements de cette immense séquence mythologique, c’est que vous nous conviez à un sain rafraîchissement de conceptions, que l’on croyait pourtant connaître, par un pur et simple approfondissement des connaissances de cet héritage crucial de l’imagination des anciens Grecs. Parlons de vos choix, donc, et de leur amplitude. Il faut quand même faire observer que, dans le cas, notable et absolument remarquable, de Pandore, on sent, ou croit sentir, la force d’une intervention plus moderne, plus créatrice, plus autonome, moins doxographe ou traditionnelle. On semble soudain vous surprendre en train de faire un sort (un sort féministe, pourquoi pas?) à ce que vous fustigez si légitimement comme des parodies de défauts qui rendent les personnages féminins de cette mythologie hautement phallocentrique (initialement) si antipathiques. Alors, bon, Pandore, dans La nuit de tous les maux, rafraîchissement de nos conceptions par une meilleure connaissance du mythe, ou coup de barre prométhéen (!) de l’artiste femme ? On retrouve et redécouvre LA Pandore de la tradition ou on rencontre VOTRE Pandore ?
Anne Guélikos : Bon, disons d’abord que j’embrasse tout de même certains stéréotypes et ce, avec une grande joie. Je n’hésite pas à faire de Zeus un couillu de première et d’Héra une manipulatrice égocentrique. Les mythes grecs sont complexes et si on veut écrire une fiction compréhensible, il faut parfois mettre de côté sa part de noblesse et faire, ce que certains jugeraient comme un crime odieux, de la mythologie de bandes dessinées. Or, par contre, dans le cas de Pandore, c’est tout le contraire. La caricature avait assez duré. Les explications des misogynes poussiéreux ne m’ont jamais satisfaite quant aux motivations de cette première femme à ouvrir la jarre et à libérer les Maux. Si les anciens n’avaient aucune gêne à la survoler sans s’y attarder, à traiter son implication de manière superficielle, s’ils n’avaient aucun scrupule à la réduire à une simple créature curieuse, ou plus tragiquement cruelle, je ne pouvais personnellement accepter cette conclusion aberrante. Logiquement, Pandore ne peut pas être à la fois dotée d’une multitude de dons, cadeaux des Olympiens, et être une écervelée. Seule une réflexion lucide et éclairée pouvait la mener à poser ce geste.
Paul Laurendeau : Indubitablement. Notons, par contre, que la jarre enfermant les Maux ne fait pas partie de votre traitement moderne. Je veux dire qu’elle procède, elle, au contraire, du mythe le plus ancien. On ne comprend pas qui l’a changé en cette boite hors d’ordre qui nous encombre tous. Enfin passons… Je vous assure Anne, qu’il n’y a, d’autre part, absolument aucun crime odieux à écrire de façon vivante et passionnante, comme vous le faites. Et si cela nous rapproche parfois du huitième art, pourquoi pas ? Je suis certain que les Grecs, ces amis inconditionnels du plaisir folâtre, approuveraient notre sens contemporain de la petite fresque dessinée (souvent pas si petite que ça au demeurant). Revenons-en justement, si vous le voulez bien, à cette fraîcheur des interactions entre les personnages, grands et petits de votre roman mythologique. Je la trouve particulièrement saillante et incisive, cette fraîcheur de ton et de traitement, dans les dialogues que vous amenez. Évidemment on se fait une idée toujours bien trop ronflante de l’échange conversationnel entre tous ces êtres immense de la mythologie grecque. Les versions françaises, toutes passablement parcheminées, des traductions d’Homère y sont évidemment pour quelque chose, entre autres… Naturellement, et on y pense constamment en vous lisant, ces personnages étaient aussi animés au théâtre, à la tragédie et même, on l’oublie trop souvent, à la comédie, et là ce devait être particulièrement vocatif, vociféré, agité, percutant et vivant de les sentir interagir. Mais même là, même en tenant compte du fait que ces êtres de rêves bougeaient et vivaient littéralement pour les Grecs, dans leurs arts, sur leurs agoras et dans leurs vies, il demeure que la conversation entre tous les protagonistes de ce monde mythologique est si naturelle, dans votre texte, que je ne peux me distancier de l’idée qu’en fait, c’est parce qu’ils vivent aussi intensément en vous. Qu’en est-il ?
Anne Guélikos : Je n’ai pas la prétention de faire mieux ou même différent de ce qui a été fait dans le passé, mais vous ne vous trompez pas, ils sont effectivement bien vivants en moi. Depuis l’enfance, je possède un compartiment cérébral consacré uniquement à la mythologie grecque, un univers parallèle à ma vie rangée et tranquille. Si je n’ai pas l’expertise d’une universitaire, j’ai l’expérience endurcie d’une histoire d’amour qui dure depuis plus de vingt-cinq ans. Je les vois, je les entends, je les comprends et je les aime infiniment, avec toutes leurs brillantes qualités et leurs travers, leurs facettes tragique et comique. Cette dualité est d’ailleurs la composante essentielle de mon intérêt envers ces dieux et déesses, qui sont au final très humains, le tout avec l’excès savoureux que leur quasi-omnipotence leur confère. Je préfère nettement cet héritage des Grecs à celui du bien et du mal des judéo-chrétiens. Ces héros aussi imparfaits qu’éloignés de l’idée même du repentir, il est si facile de leur insuffler la vie. Ils la saisissent d’eux-mêmes.
Paul Laurendeau : Alors là, je suis de tout cœur avec vous sur la supériorité de cette théogonie anthropomorphe de nos increvables Grecs. Comme on dit par chez nous : partez-moé pas sur les judéo-chrétiens… Et justement, je m‘en voudrais, avant de conclure, de ne pas dire un mot de votre approche, sainement non-universitaire justement, des sources de toute cette littérature mythologique hellénique. Vous les dominez allègrement, sans la moindre lourdeur savante et, par-dessus tout, sans complexe. Quand je suis entré, en compagnie de la poignée de protagonistes que vous y conviez, dans l’Hadès, je me suis dit : d’où nous viens cet espace extraordinaire, gigantesque, coloré, incroyabl ? Prenons simplement cet exemple : le tableau de l’Hadès, ou royaume des morts ou rappelez-moi comment il faut le nommer (pas enfer en tout cas, ou alors le sens de ce mot galvaudé est complètement retravaillé). Vous prenez celui d’un auteur spécifique ? Vous fusionnez le tableau fait par plusieurs auteurs ? Vous recomposez ? Comment ça se joue en vous, la reconstruction du décor de ce vaste héritage ?
Anne Guélikos : Les Enfers, gérés par l’intraitable Hadès, englobent l’intégralité des lieux souterrains. Le terme anglais est plus représentatif de cette caractéristique : the underworld. C’est également le séjour des morts. Pas question de l’enfer versus le paradis ici. Les deux concepts sont fusionnés et tous les morts descendent sous terre lorsque leur temps à la surface est expiré. Comme pour tous les aspects des mythes que je traite, je prends et conserve ce qui me semble cadrer le mieux. Je picore, sans complexe ou gêne, des éléments chez plusieurs auteurs, d’Homère à Virgile, et lorsque la cohérence, ou plus simplement mon goût personnel, l’exige, je n’hésite jamais à déconstruire et à rebâtir à la Guélikos. Je ne sais pas si c’est sain, mais c’est moi.
Paul Laurendeau : C’est vous et c’est super. C’est une lecture absolument passionnante que ce premier roman mythologique que nous vous devons, Anne Guélikos. C’est un bel avoir civilisationnel et culturel que vous réactivez pour nous, avec brio, joie, clarté et surtout, vous l’avez dit et bien dit, avec amour… On nous laisse entendre à ÉLP que, aussi par amour, c’est la grande déesse Déméter qui va donner la charge dans votre prochain ouvrage. Elle est furax, semble-t-il, parce que des serviteurs de l’ombre bien mal avenants lui ont enlevé sa fille Perséphone. Je n’en dis pas plus… on y reviendra… surtout que moi, justement, pour boucler la boucle du point de départ ludique de cet échange, c’est justement Déméter qui est ma déesse favorite… et sa courageuse fille Perséphone ne vient pas loin derrière. Grand merci, Anne Guélikos.
Anne Guélikos : Je suis bien contente que cet ouvrage vous ait plu. J’ai écrit un roman que j’avais envie de lire et, si d’autres y trouvent également leur compte, c’est encore mieux. Merci, Paul Laurendeau, pour cet échange très agréable.
Lien vers la fiche d’auteur d’Anne Guélikos sur ÉLP éditeur
Lien vers la librairie Immatériel où vous pouvez vous procurer cet ouvrage au prix de 4,99 euros
Invisibles et tenaces d’Allan E. Berger: une plongée dans le réel…
Publié : janvier 23, 2012 Filed under: ELP éditeur, Evénement | Tags: A.E. Berger, Essais et témoignages, Invisibles et tenaces Laisser un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, publie Invisibles et tenaces, troisième ouvrage d’Allan E. Berger. 18e titre d’ÉLP éditeur, Invisibles et tenaces inaugure la première collection d’ÉLP éditeur : Essais et témoignages.
Cet ouvrage est un recueil de souvenirs qui raconte la plongée de l’auteur, contrainte par les nécessités du temps, forcée, subie mais finalement réconfortante et enrichissante, dans le milieu des agents de nettoyage. Si ce n’était là qu’une expédition touristique pour ramener du cliché qui sent bon la sueur de prolo, on serait en droit de lui cracher au visage. C’est pourquoi nous vous disons : braves gens, ravalez votre salive, car voici non seulement un petit train de tableaux édifiants, mais aussi une apologie, un éloge et une proposition. Quand on est au-dehors, on ne se rend pas compte.
En écrivant ses tableaux, l’auteur a imaginé que son lectorat ne serait pas tout à fait inintéressé à l’idée de lire de quoi nourrir un peu plus son désir de changement, par la mise en mots, à la base même de ce désir, d’une exigence morale toute simple et qu’on ne peut refuser de voir qu’au prix de sa conscience. Celui par qui l’homme du 21e siècle retrouve sa dignité.
Invisibles et tenaces présente treize tableaux, extraits des souvenirs de ces quelques semaines passées à trimer au milieu d’une population qui fait preuve d’un courage et d’une ténacité insoupçonnables pour qui vit à l’extérieur, dans le monde nettoyé. Il est complété par une réflexion politique de l’auteur ayant pour cadre la conjoncture française marquée par les élections présidentielles de 2012.
Lien vers la fiche d’auteur d’Allan E. Berger sur ÉLP éditeur
Lien vers la librairie Immatériel pour se procurer cet ouvrage au prix de 3,49 euros , soit 5 dollars canadiens
Tous les ouvrages d’ÉLP éditeur sont également en vente sur Amazon.fr, Apple Store et Kobobooks.
Édition numérique: le poids des mots
Publié : janvier 14, 2012 Filed under: Édition numérique, ELP éditeur 2 Commentaires »Avez-vous déjà acheté un ebook sur la librairie Immatériel, par exemple, pour vous rendre compte par la suite que le bouquin ne faisait qu’une cinquantaine de pages? Je sais que la notion de page n’est pas évidente en littérature numérique, mais les éditeurs ne doivent pas non plus vendre un livre comme un roman alors qu’il s’agit d’une grosse nouvelle.
Heureusement, dans la plupart des cas, le nombre de pages est indiqué. Par exemple, sur la fiche de Baraque du globe de Didier Daeninckx, publié par Publie.net, on indique clairement que l’ouvrage compte 44 pages PDF. On ne peut à proprement parler d’un roman dans ce cas. Peut-être une nouvelle ou alors une novella (voire une novelette) comme disent les Anglais. Mais, au moins, le lecteur est au courant… Par contre, avec les éditions Pennti, il est impossible d’obtenir une indication sur le nombre de pages que contient un ouvrage. C’est le cas d’Histoire d’un ruisseau d’Élysée Reclus publié par cet éditeur qui réédite des ouvrages libres de droit. Une entreprise fort louable, au demeurant, qui permet de diffuser des ebooks de qualité.
Chez ÉLP éditeur, nous sommes longtemps interrogés sur la bonne méthode de mesure pour nos ebooks. En toute honnêteté, nous ne pouvions vendre 5 euros un ouvrage qui fait deux fois moins de pages que le monumental Cosmicomedia d’Allan E. Berger. Après avoir mesuré nos ouvrages en octet (pas clair pour certains lecteurs peu familiers avec le langage informatique) et en nombre de mots, nous avons opté par une mesure au poids, certes, mais que nous basons sur le nombre de pages d’écran PDF. Sachant qu’une page PDF qui, chez ÉLP, prend le format «liseuse», c’est-à-dire un moins que A5, soit l’équivalent d’une page en livre de poche, cela donne une indication relativement précise du volume (sans jeu de mot) que vous vous apprêtez à lire.
Voici donc le résultat…
- Ouvrage poids léger : de 50 à 80 pages d’écran PDF, format liseuse : 1,99 euro
- Ouvrage poids moyen : de 80 à 120 pages : 3,49 euros
- Ouvrage poids lourd : plus de 120 pages : 4,99 euros
Jusqu’à maintenant, à l’exception de L’Assimilande (Paul Laurendeau) qui est un poids moyen, tous les ouvrages publiés par ÉLP éditeur sont des poids lourds. Mais les poids légers s’en viennent à grands pas…
La nuit de tous les maux d’Anne Guélikos: un roman mythologique
Publié : janvier 9, 2012 Filed under: ELP éditeur, Evénement | Tags: Anne Guélikos, La nuit de tous les maux Laisser un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone à vocation transatlantique 100% numérique, publie son 18e titre : La nuit de tous les maux d’Anne Guélikos.
La nuit de tous les maux est un roman mythologique qui nous expose les premiers actes du théâtre cosmogonique tels que l’ont imaginé les anciens Grecs. Il raconte la période de temps qui va depuis l’époque où les hommes, asexués, immortels et innocents, ne vivaient pas vraiment, se contentant d’exister, jusqu’à celui où, devenus mortels, soumis aux maux et aux passions, ils purent survivre en étant hommes et femmes. Entre ces deux états, Prométhée et son fils Deucalion agirent, contre la volonté de l’Olympe pour le premier, en ignorant presque tout des dieux pour le second. Dans La nuit de tous les maux, vous lirez le Déluge, vous observerez Héphaïstos en sa gentillesse, vous découvrirez les conséquences tragiques de l’amour de Prométhée pour la race humaine, vous prendrez connaissance du rôle incroyable de Pandore, que l’on réduit trop souvent à n’être qu’une nunuche esthétique munie d’une boîte. Vous serez également témoin des échanges secrets de Zeus et Héra, le divin couple suprême, cherchant à tout prix à imposer leur supériorité et à punir les dissidents. Vous verrez aussi les humains nouer leurs premières amitiés, subir la haine de leurs ennemis, qui les mèneront au bord de l’extinction, et résoudre l’épineux problème du vieillissement constant et irrévocable de la population.
Voilà ce que raconte La nuit de tous les maux : la montée de l’humanité, sa chute et sa survie dans un monde appartenant à de puissantes divinités. Un récit peuplé d’êtres immortels, de géants, de dieux, de déesses et de centaures, raconté tout simplement, afin que le plus profane des profanes n’y perde pas son latin. Nous trouvons que les enfants pourraient lire ce texte avec profit, car il est clair et net. Vous ne vous ennuierez pas. Anne Guélikos, très au fait de toutes ces histoires et passionnée de mythologie grecque depuis l’enfance, se charge ici de vous les transmettre.
Anne Guélikos est née et a vécu toute sa vie dans un petit village de la région de Lanaudière, au Québec, où il ne se passe jamais rien, pour son plus grand bonheur. La solitude et la tranquillité lui conviennent parfaitement puisqu’il y a suffisamment d’action en elle. Pour s’occuper, elle écrit de la mythologie grecque telle qu’elle se joue dans sa tête. Il y a un écran géant derrière son front et elle écrit ce qu’elle y voit, un remake de tout ce que les vieux auteurs lui ont raconté, de la riche diversité des personnalités, des émotions et des situations qu’ils lui ont offerte sur un plateau d’argent.
Lien vers la fiche d’auteur d’Anne Guélikos sur ÉLP éditeur : http://www.elpediteur.com/auteurs/a_guelikos.htm
Lien vers la librairie Immatériel où vous pouvez vous procurer cet ouvrage au prix de 4,99 euros:
http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916460/la-nuit-de-tous-les-maux
Les ouvrages d’ÉLP éditeur sont également en vente sur Amazon.fr, Kobobooks, Feedsbooks et, bien entendu, Apple Store.
Mais… de Richard Monette, le poète de la concrétude
Publié : décembre 10, 2011 Filed under: ELP éditeur, Evénement | Tags: Mais..., Richard Monette Laisser un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition d’origine québécoise à vocation transatlantique 100% numérique, publie son 17e titre – , Mais… de Richard Monette – et, partant, son deuxième un recueil de poèmes après La Blessure des Mots de Thierry Cabot.
, MAIS… est un recueil qui survole trente-cinq ans d’écriture. Poésie d’abord timide (Je n’ai que mots journaliers), exprimant le doute, le doute de sa propre existence jusqu’au doute menant à la fragilité de la vie (Je naîtrai loin des nudités d’horloges mécaniques, là d’où l’heure a pleurée), elle croît par la suite en intensité et en maturité (Mon œil myope immigre moite dans l’ombre de mes mains).
Dans une note mise en ligne sur écouter lire penser, Paul Laurendeau estime que Richard Monette est le poète de la concrétude. Il écrit : « Poète au sens essentiel du terme, Richard Monette nous ramène tout d’abord à la matérialité du mot, sa conque sonore, son percutant phonétique (ou, selon la formulation même du poète, le percutant fun aime). Le mot et le paquet de mots construit l’évocation presque comme si elle s’imposait de par les sens, et ce, peine paire due pour la graphie docile-gentillette… »
Quoi qu’il en soit, MAIS… est un magnifique recueil de poèmes, des textes qui vous accompagneront au quotidien pendant quelques mois et auxquels vous reviendrez par la suite les jours de pluie. Cet extrait vous convaincra :
Que l’amour ne fasse de même
Mon corps usé, à la peau marquée par les pas,
Par l’érosion âpre de la chair, perd diaprures.
Mes os sonores tel des poutres au dégel ;
Souffrant au temps… Que l’amour ne fasse de même.
Voilà ! Vieillir
Et t’aimer toujours
Richard Monette a vu difficilement le jour à Montréal pendant l’été 1956. Il a commencé à écrire au début de l’adolescence, écrivant peu, mais sans jamais cesser. Ayant exercé plusieurs métiers hors des cercles littéraires, il travaille depuis vingt-cinq ans pour une société internationale d’ameublement et de décoration où il s’active en logistique à contrôler le niveau des stocks et des approvisionnements. Mais la poésie le passionne toujours autant, bien qu’il soit un lent lecteur. Et si lire est long, c’est autant à la lecture qu’à l’écriture que son cerveau explose en explorant tellement de directions que, généralement, il se perd. En conséquence, Richard Monette est un homme perdu… qui, la cinquantaine venue, a senti l’urgence de laisser une trace de son œuvre poétique. Et ce n’est certes pas ses lecteurs qui iront s’en plaindre…
Lien vers la fiche d’auteur de Richard Monette sur ÉLP éditeur
Lien vers la librairie Immatériel où on peut se procurer cet ouvrage au prix de 5 € ou 7 $
L’ouvrage est également disponible sur iTunes Store et sur le Kindle Store (Amazon.fr et Amazon.com).
Photo Daniel Ducharme : L’auteur lisant Le papillon sur la page lors du lancement de l’ouvrage à Montréal le 7 décembre 2011. Au piano, l’auteur-compositeur-interprète: Benoit Gauthier.
Lancement de , MAIS… de Richard Monette
Publié : décembre 3, 2011 Filed under: Evénement | Tags: Mais..., Poésie, Richard Monette Laisser un commentaire »
ÉLP éditeur a le plaisir de vous inviter au lancement du recueil de poèmes de Richard Monette : MAIS…
de 17h30 à 19h30
au Café-bar LE CEP ET LE HOUBLON
2280 rue Bélanger
Montréal (Québec) H2G 1C6
À cette occasion, MAIS… sera offert en version ePub ou PDF au prix de lancement de 5 dollars accompagné d’une dédicace numérique de l’auteur. En clair, cela signifie qu’à chaque acheteur l’auteur enverra son recueil par courriel, le message jouant le rôle d’une dédicace personnalisée.
Venez rencontrer l’auteur et l’aile québécoise d’ÉLP dans ce charmant café du quartier Rosemont.
Lien vers la fiche d’auteur de Richard Monette sur ÉLP éditeur
Cosmicomedia 3 : Nous les avons relâchés…
Publié : novembre 10, 2011 Filed under: ELP éditeur, Evénement Laisser un commentaire »
ÉLP éditeur, une maison d’édition à vocation transatlantique 100% numérique, est fière d’annoncer la parution du troisième et dernier volume de Cosmicomedia : Éduqués et bagués, Nous les avons relâchés…
Il est assez invraisemblable de retrouver, au fin fond du cosmos, une entité comme le Baron Samedi. Car après tout, c’est un loa, c’est-à-dire un personnage terrien, issu et nourri de croyances terriennes. Et le voici, hôte attentionné de voyageurs lointains ; ceci peut mettre la puce à l’oreille. En plus, il a demandé, tout comme le nocher Charon, qu’on lui raconte des histoires. Qu’est-ce que ça veut dire ? Pendant ce temps, le Ciel continue de tomber sur la Terre, et les anciens dieux préparent un nouveau déluge. Lucas et ses amis, perdus au loin de toute normalité, vont maintenant être éduqués avant d’être relâchés. Mais relâchés où ? Qui est, en définitive, le Baron Samedi ? Pourquoi entraîner des touristes à devenir des athlètes imperturbables ? Dans quel pétrin nos héros vont-il, d’un coup de pouce divin, finalement être fourrés ? Pour y faire quoi ? Et Niko, appelé à vivre « dans un lieu bien triste, seul plus longtemps qu’aucun être humain », qui le consolera et quel sera ce lieu ?
Comsmicomedia tome 3 apporte évidemment des réponses à ces quelques questions qui, somme toute, sont un petit peu annexes, mais aussi et surtout il cloue le bec à la fatalité de notre époque : la bataille, la peur et la colère, la destruction et l’échec, la complication croissante de toute chose… ne tiennent pas devant ce qui, au bout du compte, ne peut qu’émerger.
Vous verrez des gens chanter au milieu des bombes, et boire du champagne ; il y aura des insectes énormes et attentifs, une invraisemblable collection de monuments, un cauchemar qui se matérialise, une tempête qui repliera l’un sur l’autre deux endroits très éloignés, et qui pilonnera une île envahie de singes naufragés, galopant par les rues et les sentiers, pleins de mousse savonneuse et de fureur. Vous visiterez les arcanes, vous toucherez du doigt le code des choses, et vous contemplerez en sa démesure les agissements d’un cactus fou sur le tarmac d’un aérodrome haché par des cataractes de graviers tombés des nuages. Et en plus de tout ça, il y a une bibliographie car ceci est un livre sérieux, qui vous mettra le nez dans la plus intense des contradictions de notre époque. Dénouez-la.
Cosmicomedia est le roman de la rentrée par excellence. Celui par qui l’homme du 21 e siècle retrouve sa dignité. Et ce troisième et dernier volume le confirme plus que jamais.
Né en France au milieu des années soixante, Allan Erwan Berger, grand baratineur depuis qu’il sait causer, a découvert, après quelques décennies passées à être normalement sérieux, qu’il avait envie d’écrire plutôt que de courir après un travail – et de s’étioler en conséquence. Puisque de toute manière la bourse reste vide, à quoi bon s’abîmer la santé ? Amusons-nous, ça vaudra mieux ! Donc voilà ; cap sur la littérature et ses merveilleux nuages. L’horizon s’ourle de rose, le ciel se peuple de figures.
Lien vers la fiche d’auteur d’Allan E. Berger sur ÉLP éditeur
Lien vers la librairie Immatériel où on peut se procurer cet ouvrage au prix de 5 € ou 7 $
Adultophobie, un roman nécessaire
Publié : octobre 31, 2011 Filed under: ELP éditeur | Tags: Adultophobie, Paul Laurendeau Laisser un commentaire »
Chez ÉLP, nous recevons parfois des commentaires spontanés en provenance de connaissances ou même de parfaits inconnus. Bien entendu, ces commentaires sont les bienvenus. Non seulement ils nous encouragent à continuer notre laborieux travail d’édition mais, pour l’auteur, ils constituent une forme de reconnaissance, voire de rémunération morale qui lui est forcément profitable.
Nous avons récemment reçu un commentaire sur Adultophobie, ce roman de Paul Laurendeau publié sous forme papier et numérique en 2010. De ce commentaire, dont l’auteur préfère conserver l’anonymat, nous retenons le passage suivant :
Je viens de lire aujourd’hui ton roman et je dois dire presque d’une seule traite. C’est un ouvrage que je trouve très intelligent, très bien construit et bien écrit de surcroît, sur un sujet très dur et difficile. En lisant, j’ai pensé à Hannah Arendt et à la banalité du mal, et à De sang froid de Truman Capote tout en me sentant envahir par l’ impossible « je ne veux pas grandir » de l’héroïne, et par l’ « oubli incurable » de ma condition d’adulte que celle de parent « responsable » consolide et révèle paradoxalement. Excuse- moi pour la lourdeur de la phrase mais mon impression est confuse et résiste à une expression rationnelle. J’aimerais connaitre des personnes influentes en matière d’édition et de critique littéraire pour les engager à lire ton livre. Je garde cette idée dans le coin de ma tête si l’occasion se présente. Et à la réflexion, après lecture, je change mon opinion énoncée a priori contre le titre: Adultophobie est un titre nécessaire.
Adultophobie raconte le sursis cruel et sans espoir des enfants Simon qui, en un beau jour ensoleillé alors qu’ils s’amusaient à la plage, sont enlevés, violentés et tués par deux pédophiles anonymes. Les deux plus jeunes ne souffriront pas bien longtemps… mais Jeannette, l’aînée des trois enfants Simon, subira cet enfer cruel qui dort au fond de nos peurs les plus sourdes. Et comme dans toute situation d’abus, seul le refuge de son imaginaire lui permettra de tenir le coup un temps dans cette inexorable descente sans retour. Indubitablement, cet ouvrage n’est pas une œuvre légère et il a fallu décider collectivement qu’ÉLP s’associait à la démarche romanesque et critique de son auteur. Sombre, dur, fataliste, cet ouvrage, qui est une fiction intégrale, a donc été scrupuleusement lu par tous les membres de notre équipe. Et nous l’avons amplement discuté. Un de nos collaborateurs de longue date, homme pondéré, sage et cultivé, a finalement fait valoir que ce thème, révoltant et douloureux était dans l’air du temps, qu’il se manifestait dans des œuvres théâtrales, cinématographiques et romanesques actuelles, dont certaines n’avaient pas la qualité et la sensibilité du roman de Laurendeau. Exprimer la tonalité d’un temps, c’est aussi regarder en face ses douleurs les plus insoutenables.
Adultophobie est hors de tout doute un roman nécessaire.
Lien vers la fiche d’auteur de Paul Laurendeau sur ÉLP éditeur
Lien vers la Librairie Immatériel.fr où vous pouvez vous procurer Adultophie au prix de 5 euros ou 7 dollars canadiens
Adultophie est également disponible sur le Kindle Store (France) et sur Apple Store.
